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Grandville: Les metamorphoses du jour 1854

Les métamorphoses du jour von J. J. Grandville , Albéric Second , Charles Blanc Paris: Chez Bulla.  Darstellung des Bibers als Baumeister

Unterzeile: T'as raison Gauthier, c'est pas ceux qu' habitent les bels hotels qu'est les plus heureux (Du hast recht, Gauthier , es sind nicht die die in den schönsten Häusern wohnen auch am glücklichsten.)

Grandville (* 13. September 1803 in Nancy; † 17. März 1847 in Vanves bei Paris; eigentlich Jean Ignace Isidore Gérard) war ein französischer Lithograf, Maler und Zeichner, dessen beruflicher Werdegang eng verbunden war mit den unruhigen politischen Verhältnissen in der ersten Hälfte des 19. Jahrhunderts in Frankreich.

Seite 225

XLI

Grandville a dessiné et Old-nick a écrit un livre oii il y a autant d'observations comiques que de philosophie; ce livre s'appelle les Petites misères de la vie humaine. Il y a bien longtemps que je rêvé un livre que je n'écrirai peut- être jamais, un livre qui serait la contre-partie de celui-là; il pourrait être intitulé les Petits bonheurs de la- vie hu- maine.

Quel beau livre on pourrait écrire, it me semble, avec ce titre, sur ce sujet, avec cette donnée! et combien il est regrettable que l'idée n'en soit pas venue à un plus vail- lant, à un plus habile! Si les Petites misères de la vie hu- maine sont l'histoire des mille coups d'épingle, des mille taquineries de l'existence du riche, de l'oisif, les Petits bonheurs seraient le poëme des exquises félicités intérieures que Dieu réserve au pauvre en compeusatioD de ses souf- frances.

Et ne croyez pas que je veuille ainsi paraphraser ITm- barras des richesses à la façon de La Fontaine, de d'Al- lainval ou de Casimir Bonjour.

Il n'est pas besoin de tous ces souvenirs, plus ou moins littéraires, pour sentir et pour prouver que le castor philo- sophe Gauthier a profondément raison, comme le lui dit son camarade, en assurant que n c'est pas ceux qu'ha- bitent les bels hôtels qu'est les plus heureux. »

Voyez-vous ce paon roi, la mine hautaine et son aigrette fièrement dressée? c'est pour lui sans doute que se bâtit cet hôtel splendide, auquel les arcades cintrées donnent un aspect tout à fait monumental; pour lui seront ces vastes salles à lambris sculptés et dorés, ces chambres prudem- ment défendues par de doubles clôtures contre l'intempérie des saisons, ces appartements où il fera frais l'été et chaud l'hiver; pour lui cette salle à manger où l'on servira sou- vent à de nombreux convives les mets les plus délicats, les plus rares, les plus chers, les plus compliqués: du gibier quand la chasse est fermée, des pois verts en janvier, des fraises en février, des pêches en mars, des raisins en avril, des truffes toujours! Pour lui enfin ces meubles commodes où l'on s'assied mollement, où l'on se couche plus molle- ment encore! Mais ne l'enviez pas, Gauthier, car vous ne savez pas, et je vous souhaite de ne jamais savoir, à quel prix il a conquis tout ce bien-être, à quel prix il le coûserve. Sans même penser à tout ce qu'il peut entrer dans la composition d'une fortune, de bassesses, de re- mords, d'inquiétudes, à tout ce que peut causer de préoc- cupations et d'anxiété la seule gestion, l'administration de cet avoir formidable, laissons de côté les chagrins et les déceptions de ce M. de Fierville, chagrins plus incessants, croyez-le bien, déceptions plus anières, n'en doutez pas, que toutes vos souffrances et vos privations, ne voyons que ses joies, ses félicités, ses petits bonheurs dont je vous parlais tout à l'heure, et comparez-les aux vôtres.

Vos petits bonheurs! ai -je dit. Mais quelle est mon erreur! est-ce qu'il y a des petits bonheurs ou plutôt des bonheurs petits pour les pauvres? est-ce que tout bonheur n'est pas un grand bonheur, vivement ressenti par une âme impressionnable, naïve, qui blasée sur la douleur est restée presque vierge à la joie? de même que tout plaisir, si mince ou si grossier qu'il soit, agit sur ses sens exercés mais non émoussés par le travail.

Pour qui le repos est-il un bonheur, mon philosophe Gauthier, si ce n'est pour vous qui, après avoir manié la truelle ou le marteau toute la journée, rentrez le soir dans votre logis pour y prendre un repas, frugal il est vrai, mais dont l'appétit fait les frais d'assaisonnement, et goûter un sommeil exempt de rêves, d'agitation et de cauchemars? Et le dimanche, quelle n'est pas votre joie, quand vous pouvez faire un petit extra en famille !

La famille, c'est là qu'est véritablement le bonheur du pauvre; plus le pauvre se rapproche de la nature. et vit près des champs, plus il aime la famille; pour lui le déve- loppement de sa famille est un signe de prospérité, chaque nouvel enfant est accueilli avec des transports de joie; les frères aînés le saluent avec amour, pour eux il sera un compagnon; pour les parents il sera un aide, un soutien, à l'époque de la vieillesse.

Pour tant d'autres, et des mieux rentes, l'accroisse- ment de la famille est parfois considéré comme une cala^ mité; c'est une occasion de dépense de plus; si des jours malheureux surviennent, les charges de l'adversité sont augmentées d'autant; c'est une dot de plus à donner, sans compter cette dot abominable, qui figure souvent dans les négociations de mariages riches, et qu'on appelle des espé- rances !

La famille du pauvre! mais c'est là la vraie famille. Chez le riche, malgré les révolutions politiques, civiles, morales, qui ont bouleversé la société depuis soixante ans, la tradition du droit d'aînesse ne s'est pas complètement effacée, ou bien, si elle a disparu, c'a été pour faire place aux préférences paternelles et maternelles, et ce n'est guère qu'à l'amour maternel de la femme pauvre que peut s'ap- pliquer le beau vers du grand poète :

Chacun en a sa part, et tous l'ont tout entier.

Et puis, Gauthier, mon brave homme, ne sentez-vous pas, en définitive, de qui l'aumône réjouit le plus le cœur?

Quand vous avez prélevé uae modeste obole sur voire né- cessaire pour seœurir plus pauvre que vous, soyez certain que vous avez ressenti plus de félicité de ce bienfait qu'il n'en est entré jamais dans l'âme du riche qui peut être humain sans toucher même à son superflu! Vous ne l'igno- rez pas, le denier de la veuve, du (ravailleur besogneux, quand il tombe dans l'escarcelle de l'indigent, est plus agréable à Dieu que tout l'or de l'homme opulent.

Réjouissez-vous donc, ô honnêtes castors, de ne point bâtir pour vous ces magnifiques hôtels, et, au lieu de répéter avec envie le sic vos non vobis nidificatis aves de Virgile, attendez patiemment, en jouissant de la vie, cette dernière heure où vous aurez encore sur le riche une dernière supériorité, car

La mort du riche est un regrei, La mon du pauvre une espérance!

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